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L’aventure continue, toujours plus de terres en vue…
Nous avons mis pied à terre fin mai 2008. Le projet « Terresenvue » s’est terminé après 11 mois de voyage. Mais nous avons voulu continuer à voyager en vélo. L’appétit est venu en pédalant.
En août 2010, c’est en Turquie que nous avons voulu user la gomme de nos pneus, en Turquie que nous avons voulu voir du pays, des paysages, des visages.
Après le passage autant obligé que pénible de l’emballage et déballage des vélos et des sacoches pour le transport en avion, nous atterrissons à Antalya. De là, nous avons décidé de faire une boucle. Au programme : les Monts Taurus, la Cappadoce, le Nemrut Dagi, la côte méditerranéenne.
Au départ de Manavgat nous rentrons dans l’intérieur du pays pour nous attaquer aux Monts Taurus. « Attaquer ». Le mot n’est pas trop fort. A l’heure d’écrire ces quelques lignes de compte-rendu, soit 10 mois plus tard, le souvenir est encore bien présent : les côtes d’une difficulté aussi insoupçonnée qu’inattendue se dressent devant nous. Et s’enchaînent sans fin. Dès le premier jour, nous avons déjà près de 50 degrés sur la carcasse, et des pentes atteignant parfois 18%. Et les chutes de Manavgat, d’un magnifique bleu turquoise n’arrireveront pas à procurer toute la fraîcheur nécessaire !Sans avoir pris la peine de manger énormément, le cœur veut sortir de sa cage. Les tempes battent. La tête commence à tourner. Difficile acclimatation ! Après 25 kilomètres à peine, nous décidons de poser nos affaires au bord de la route. Nous déroulons nos matelas et sac-de-couchage à côté d’un petit magasin. Un groupe d’hommes joue aux dominos. Des enfants jouent près d’eux. Le propriétaire du magasin vient sur le pas de la porte. Nous engloutissons du soda. Nous avons éveillé la curiosité.
La nuit au bord de la route ne sera pas bonne : les moustiques, la chaleur et le sac de couchage qui colle à la peau moite, le passage des voitures nous empêchent de sombrer dans un sommeil profond, malgré la fatigue…
Les jours qui suivent, nous restons coincés dans les Monts Taurus. Les côtes se succèdent, plus dures les unes que les autres. Les murs ne cessent de se dresser devant nous. Le soleil affole le thermomètre-compteur. Il n’est pas rare que nous devions rouler dans le tarmac fondant, nous ralentissant un peu plus encore. Malgré les pins qui embaument la région, nous peinons tellement que nous ne profitons pas assez du superbe spectacle offert par la nature.
Enfin, nous sortons de ces interminables Monts. Fini les journées où seuls quelques dizaines de kilomètres sont avalés, au prix d’efforts et d'une dépense d'énergie énormes. Pendant quelques journées, nous aurons droit à de belles et longues lignes droites… Aussi bon pour le moral que le « çay » offert à presque chacun de nos arrêts est bon pour épancher notre soif.
Nous mettons le cap vers Konya, où nous ne passons cependant pas, préférant éviter si possible les grandes villes. Mais nous faisons un arrêt sur le site de fouilles de Çatalhöyük, réputée être la plus vieille ville au monde. Une équipe d’archéologistes internationaux travaillent à la mise au jour de ce que peuvent encore révéler les vestiges… La ville daterait de -6500 AC. Le concierge improvise pour nous une petite visite. Dans une ambiance monacale, ce petit monde brosse délicatement la terre qui recouvre le site. Un vrai travail de fourmi.
Remontés sur nos fidèles Da Silva, nous prenons la direction d’Aksaray, pour rejoindre ensuite les fameuses cheminées de fée de Cappadoce, à Göreme. Les étendues brûlées par le soleil succèdent aux montagnes. La chaleur est toujours bien présente.
Depuis le début de notre voyage, les touristes occidentaux, on a pu les compter sur les doigts de la main. Arrivés à Göreme, ils sont légions. Mais le spectacle est au rendez-vous. De la dentelle sculptée par le temps, de la glace qui semble fondre au soleil… Les cheminées sont d’une finesse incroyable et semblent d’une fragilité extrême.
La citadelle d’Uchisar domine les lieux majestueusement. Impossible de ne pas aller voir le point de vue…
Après les superbes décors de la Cappadoce, direction l’Est du Pays. Nous tenons à voir le fameux Nemrut Dagi. Pris par le temps, nous prenons un bus à Kayseri. Jusque Malatya. De là, nous nous remettons en selle. A peine avons-nous quittés Malatya que les montagnes se dressent devant nous. Le Nemrut Dagi se mérite. Les chaleurs sont toujours torrides. Le compteur affiche jusqu'à 52 degrés ! Les cols sont interminables et d’une rare difficulté ! On n’est pas mécontents de voir apparaître dans le creux d’une vallée, juste avant d’arriver au Nemrut, l’auberge où nous passerons la nuit.
Le site est superbe ! Le soleil couchant donne aux pierres et aux statues une superbe couleur rosée. L’atmosphère de bout du monde est seulement troublée par les nombreux touristes. On préférerait, par respect pour les lieux, un silence respectueux. On fait avec.
Il n’existe pas de route asphaltée reliant la face Nord et la face Sud du Nemrut Dagi. Venant du nord, nous devons pourtant passer du côté sud du Mont. Nous passerons donc avec nos vélos, à la force de nos mollets et de nos biceps. Le petit « jeu » du montage, du démontage des sacoches, puis de leur transport de l’autre côté du Mont, nous prend du temps et nous pompe beaucoup d’énergie. D’autant plus que le soleil monte et le thermomètre aussi !
Enfin, nous pouvons profiter d’une longue descente pour rejoindre les plaines… A Bozova, la nuit se passera sous le signe de nos amis les pompiers. Ils nous accueillent dans leur caserne. Les moyens sont bien moindres que ceux de leurs collègues américains mais l’accueil est incroyablement aussi sympathique, malgré la barrière de la langue. Ils dorment à la belle étoile. Ils mettent à notre disposition une petite pièce où la chaleur étouffante nous empêchera de fermer l’œil de la nuit.
La route vers Gaziantep nous réserve quelques surprises et quelques superbes paysages. Nous sommes au milieu de nulle part. Impressions de bout du monde agréables. Les enfants jouent dans les villages, où les touristes ne passent pas souvent. Nous sommes une curiosité.
Après Gaziantep, nous rejoignons la côte méditerranéenne. Kizkalezi, Silifke, Anamur. Autant de villes superbes le long de la côté où les touristes turcs sont nombreux et nous donnent l'impression, pour la première fois, d’être vacanciers et non pas voyageurs…
Cette côte est superbe, les senteurs incroyablement agréables. Mais également très escarpée. Décidément, la Turquie n’est pas de tout repos. Nous transpirons énormément. La sueur coule le long de nos bras, de nos mains pour finir sur le dessus de nos sacoches avant. Jamais, pendant notre voyage d’un an, cela ne nous était arrivé avec autant d'intensité et de constance !
Après un mois de voyage, nous bouclons la boucle à Antalya. Contrairement à ce que nous pensions, nous découvrons un centre de la ville bien préservé et historiquement riche. Les vieilles maisons donnent un cachet particulier au piétonnier unique. Dernière petite photo de la Porte d’Hadrien, trace de l’Empire Romain et nous quittons la Turquie.
La Turquie aura été pour nous une belle découverte. Les paysages superbes, la chaleur étouffante digne d’un four, les sites préservés, la sympathie des habitants. De quoi tordre le cou à beaucoup d’idées reçues et de préjugés.